Are we seriously leaving Niger?

En Français ci-dessous

The operational decision to leave Niger came as a surprise to the OCB Board.

OCB will no longer have a significant presence in the Sahel, save- except for the mission of Mbera in Mauritania, yet it is a region in permanent crisis and, for the last few years, theatre to massive displacement caused by Boko Haram.

Whilst OCB has a leading role in the operations for the migrant crisis in the EU, deploying a huge number of HR and a budget of 31.5 million euros for the crisis in the Balkans in 2015, OCB efforts for the massive displacement caused by the violence of Boko Haram has no comparison.

Other sections have reacted before us, and this is good.

Malnutrition is equally a prominent and recurrent need to tackle in Niger. Should OCB close this mission, OCB will have no other such project, and the expertise and skills to tackle malnutrition could be lost. This is of great concern to our Board.

Humanitarian needs in Niger continue to be very relevant - food insecurity to name but one. It is clear that malnutrition will continue to be present in the Diffa region, but more generally a food insecurity belt will stay at least until the end of the year in a vast area from east to west Niger.

We remember very well when we resumed our programs in refugee camps a few years ago (in Mauritania and South Sudan) after several years without having worked in big camps. It took us a while to regain a good quality of intervention (cfr. evaluations on refugee camp interventions done a couple of years ago), because we had lost expertise and certain reflexes.

The other concern is related to the displacement of people fleeing the conflicts in neighbouring Mali and especially Nigeria (82,000 refugees), and the difficult predictability of what lies ahead.

The access to populations in need in furthest western Niger remains a challenge due to security constraints, and the capacity to deploy aid activities is still very limited.

Another important point that the OCB Board wants to highlight is the fact that Niger is one of the most important transit countries for sub-Saharan asylum seekers trying to reach the EU - the same people we are saving with our vessels in the central Mediterranean.

IOM estimates that 120,000 people passed through Agadez in 2015 to try to arrive in the EU.

A few days before I started writing this letter, some human traffickers in Niger abandoned 34 refugees, including 20 children, in the Sahara desert in Assamakka, the border between Niger and Algeria. All of them died of thirst.

The EU and single member states are already trying to reach agreements with the Niger government (similar to the EU-Turkey deal) to limit the flow of human beings passing through Niger seeking for a better future, political attempts that MSF openly criticised in Europe. Ending our presence in Niger will prevent us from witnessing and denouncing the political diversion of humanitarian aid.

We really hope to have the space to deeply debate the decision taken on Niger, maybe to revert to it in the near future, giving a new operational dynamic to the Sahel.

Loris De Filippi


Allons-nous réellement quitter le Niger ?

La décision opérationnelle de quitter le Niger a été une surprise pour le CA de l’OCB.

L’OCB n’aura plus de présence significative au Sahel, à l’exception de la mission de Mbera, en Mauritanie. Pourtant, cette région est en situation de crise permanente et, ces dernières années, elle a été le théâtre de nombreux déplacements causés par Boko Haram.

Alors que l’OCB joue un rôle majeur dans les opérations de réponse à la crise des migrants dans l’UE – un grand nombre de RH et un budget de 31,5 millions d’euros ont été déployés dans le cadre de la crise des Balkans en 2015 –, les efforts de l’OCB vis-à-vis des déplacements massifs causés par les violences de Boko Haram sont bien moins importants.

D’autres sections ont réagi avant nous, et c’est une bonne chose.

La malnutrition est un autre besoin important et récurrent au Niger. Si l’OCB venait à fermer cette mission, nous ne disposerions plus de projet de ce type et nous pourrions perdre l’expertise et les compétences nécessaires pour relever ce défi. Notre CA est donc très inquiet.

Au Niger, les besoins humanitaires, et notamment l’insécurité alimentaire, restent considérables. Il est clair que la malnutrition continuera de sévir dans la région de Diffa, mais de manière plus générale, l’insécurité alimentaire persistera au moins jusqu’à la fin de l’année dans une vaste région s’étendant de l’Est à l’Ouest du pays.

Nous nous rappelons très bien le moment où nous avons repris nos programmes dans les camps de réfugiés il y a quelques années (en Mauritanie et au Soudan du Sud), après plusieurs années d’absence dans les grands camps. Il nous a fallu un certain temps pour retrouver une bonne qualité d’intervention (cf. évaluations sur les interventions dans les camps de réfugiés menées il y a quelques années) car nous avions perdu notre expertise et certains réflexes.

L’autre préoccupation est liée au déplacement de personnes fuyant les conflits dans les pays voisins, le Mali et surtout le Nigeria (82 000 réfugiés), et à la difficulté de prévoir l’avenir.

L’accès aux populations dans le besoin à l’extrême Ouest du Niger reste problématique en raison des contraintes de sécurité, et la capacité à déployer des activités humanitaires est toujours très limitée.

Un autre point important que le CA de l’OCB tient à souligner est le fait que le Niger est l’un des principaux pays de transit des demandeurs d’asile subsahariens qui tentent de rejoindre l’Europe – ces mêmes personnes que nous sauvons avec nos bateaux en plein centre de la Méditerranée.

Selon les estimations de l’OIM, quelque 120 000 personnes sont passées par Agadez en 2015 pour essayer de rejoindre l’Europe.

Quelques jours avant que je ne commence à écrire cette lettre, des trafiquants d’êtres humains ont abandonné 34 réfugiés, dont 20 enfants, au beau milieu du Sahara, à Assamakka, une ville du Niger proche de la frontière algérienne. Tous sont morts de soif.

L’UE et certains États membres essayent déjà de conclure des accords avec le gouvernement du Niger (similaire à celui avec la Turquie) pour limiter l’afflux d’êtres humains qui traversent le pays à la recherche d’un meilleur avenir – des manœuvres politiques que MSF a critiquées ouvertement en Europe. Si nous mettons un terme à notre présence au Niger, nous ne pourrons plus témoigner et dénoncer le détournement politique de l’aide humanitaire.

Nous espérons vraiment avoir l’occasion de débattre en profondeur de la décision concernant le Niger, et peut-être de revenir dessus prochainement, pour apporter une nouvelle dynamique opérationnelle dans le Sahel.

Loris De Filippi

 

By: Göran Svedin