asso terrain et Covid - Interview croisé

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La RDC et d'autres missions ont développé des activités associatives spécifiques en ces temps de Covid. Quelles sont-elles?
Quel peut-être le rôle de l'asso?
Comment peut-il renforcer notre mission sociale?
Comment interagit-il avec l'exécutif?

Nous avons souhaité savoir ce qu'en pensent Louise Limela, Chargée de Coordination et animation du réseau associatif OCB en
RDC et Emmanuel Lampaert, Coordinateur des Opérations Cellule 1 OCB et Chef de Mission a.i. en RDC.

Mieux connaitre les opérations Covid développées à Kinshasa MSF face au défi du Covid 19 à Kinshasa (article paru dans le Contact 150)


QUESTIONS A LOUISE
Louise Asso Coordo  Faida - HP

Louise, Asso, et Faida, HP, avec qui elle a travaillé main dans la main
 

L’Asso RDC est très actif en cette période de Covid. Explique-nous d’où sont venues les idées pour les actions que vous développez et quelles sont-elles?

En RDC les personnes vivant avec un handicap, les orphelins ou encore les personnes âgées sont souvent marginalisées et oubliées. Il n’y a aucune prise en charge de la part du gouvernement.
Si la grande majorité de la population de Kinshasa n’est pas informée et sensibilisée sur le nouveau Coronavirus, il nous est apparu que le sort de ces personnes et en particulier celles vivant avec handicap (PVH) était encore bien pire. Lors d’une enquête de perception dans 6 communes de Kinshasa, il nous est apparu que la plupart d’entre elles (86%), notamment les personnes malentendantes et malvoyantes (sourdes et muettes) vivent encore dans l’ignorance sur la maladie, ses modes de transmission et de prévention. 

Depuis le début de la pandémie, aucune action de communication ou de prévention n’est entreprise auprès de ces groupes vulnérables à risque de contracter la Covid, qui vivent souvent dans des conditions très précaires et dégradantes dans des centres d’hébergement et sont sous informées. Et surtout, certaines mesures barrière ne correspondent pas au mode de vie des personnes vivant avec un handicap. La distanciation physique, par exemple, est un exercice difficile pour certains malvoyant ou aveugles qui ont souvent besoin de s’appuyer sur des meubles ou sur d’autres personnes pour leur mobilité.  

Nous avons aussi vu comment la pandémie touchait les personnes âgées en Europe. Nous avons vu MSF intervenir dans les homes, et nous nous sommes dit qu’il devait être possible de faire quelque chose de similaire ici avec l’Asso.

Partant ce constat, le projet associatif a proposé de développer quelques actions pour limiter les risques de contamination au sein de ces groupes de population:  

  • formation de sensibilisateurs dans la communauté  (maitrisant notamment le langage pour les sourds et aveugles) qui puissent eux-même diffuser les messages et se prendre en charge;  
  • sensibilisation sur les mode de transmissions et la prévention de la covid 19;  
  • donation de masques, kits d’hygiène et de lavage des mains ;
  • amélioration des conditions d’hygiène avec la réhabilitation et constructions de sanitaires (toilettes et douches),
  • distribution de vivres aux orphelinats et homes de vieillards ;
  • plaidoyer auprès des opérations pour appuyer certains centres pour la prise en charge de personnes à risque avec comorbidité;  
  • favoriser la proximité, la visibilité et l’acceptance de l’association MSF dans les quartiers visés.

Regarde dans la VIDEO comment s'est déroulée la formation des éducateurs leur permettant de sensibiliser eux-même leurs pairs dans un langage adapté à leur situtation/handicap
Prend connaissance des grandes lignes de cette action avec Louise et Ecoute Jean-Jacques expliquer l'impact de cette formation et de cette action



 


Formation des pairs éducateurs



Pour ces actions Covid, l’exécutif a-t-il été demandeur où avez-vous eu besoin de le convaincre du rôle que l’asso pouvait jouer ?

L’idée est venue de l’associatif et a été soumise à l’exécutif pour un accompagnement dans la réalisation des actions. Nous avons été très touchés par la pro-activité de l’exécutif (ex : le chef de mission, les HP et les autres) quant à son appui pour ce projet.

Quels sont les éléments qui ont aidé le comité asso à définir et mettre en œuvre ce type d’actions ? Qu’est ce qui est essentiel selon toi pour que l’asso fonctionne et se développe dans un projet/mission ?

Le comité asso doit avoir l’esprit ouvert et être à l’écoute, faire des visites et enquêtes dans la communauté, avoir le soutien et l’appui des responsables terrain, de certains manager, du chef de mission, et avoir une bonne collaboration. C’est très important pour faciliter les actions asso et la participation des membres (nationaux, expatriés et anciens staffs). Au-delà de cela, il faut prévoir un bon budget et un plan d'action pour être libre de développer les activités tout au long de l'année, tout en gardant une certaine flexibilité pour pouvoir rebondir sur l'actualité.

Pour que l’asso fonctionne et obtenir l'engagement des membres, il faut aussi bien leur expliquer (nationaux et expatriés, anciens staffs) ce qu’est l’associatif et quel est son impact, avoir l’implication et la présence du responsable de projet qui porte l’associatif et soutien le comité. Si le chef de projet ou le chef de mission n’appuie pas l’associatif, quel que soit l’effort des membres, cela ne fonctionnera pas. Car l’associatif sera toujours le cadet des soucis dans la mission, et la mise en œuvre de ses actions connaîtra un frein. Il est aussi nécessaire de réfléchir et choisir des sujets qui peuvent occasionner de bons débats avec un impact sur les opérations. Les activités récréatives en dehors des heures de service permettent aussi de renforcer la vie d’équipe, garante d'un bon fonctionnement de nos opérations.

Comment fonctionnes-tu avec l’exécutif en général, comment fais-tu pour impliquer les opérations dans les propositions d’action du comité asso ?

D’une manière générale, on collabore étroitement avec l’exécutif. A chaque proposition de projet ‘asso’ dans la communauté, je demande toujours l’appui des techniciens dans l’exécutif (les médicaux, la logistique, RH, supply, Finances, la Com.).  Chacun apporte sa pierre dans la construction du projet et ils sont des membres bénévoles. Même pour certains débats à caractère médical, on invite les médicaux pour être facilitateurs, cela rapproche les uns et les autres.

Pas facile et pas trop difficile non plus. Tout le monde est très occupé dans les opérations et d’autant plus  les personnes clés de la missions ou des projets. Mais on se donne des rendez-vous et on trouve un moment de discussion avec elles sur les stratégies et orientations, et parfois pour la mise en œuvre de divers éléments (formation, élaboration de document de projet, débats, activité don de sang, appui aux centres pour handicapés, etc.)


 

Comment impliques-tu et soutiens-tu les points focaux asso des différents projets en RDC ?

Vu la taille de la RDC et la distance qui sépare les projets de la coordination, nous avons créé un cadre de discussion entre tous les points focaux grâce aux réseaux sociaux dont notamment les groupes WhatsApp. Les adresses mails asso projet et les numéros de téléphone ‘flotte’ de MSF font également l’affaire ! Cela m’aide à être en contact permanant avec eux et donner mon soutien même à distance. De l’autre côté je visite chaque projet au moins une ou deux fois par an pour coacher et former les comité asso et pour leur donner un appui technique.

Ces actions pourraient inspirer d’autres projets. As-tu des échanges avec les groupes asso d’autres missions ? Expliques-nous.

Effectivement, il existe un groupe ‘asso mission francophone’ qui regroupe entre autres les membres asso de pays comme le Mali, la Guinée, le Burundi, la RCA, la Côte d’Ivoire, etc. Nous partageons nos expériences dans des réunions comme avec WaCA, par mail, et voir même via WhatsApp. Nous sommes aussi en contact avec le département de l’inclusion de personne vivant avec handicap en  Norvège (Oslo), avec l’Asso Bruxelles, etc.  Plusieurs personnes du Mouvement MSF me contactent, je fais également la même chose quand le besoin se présente. Et je pense que ces échanges nous grandissent mutuellement.

Merci

Louise LIMELA

 



QUESTIONS A MANU

Quel est ton rôle dans ces initiatives en particulier? En tant que chef de mission, comment considères tu ton rôle dans l’associatif terrain en général?

A mes yeux, le chef de mission, le coordinateur de l’organisation et du mouvement MSF dans un contexte donné, doit jouer le rôle de garant de ce que représente MSF. MSF, c’est certes cette organisation qui exécute des projets, mais c’est est aussi une structure qui doit rendre des comptes à l’associatif, qui doit être questionnée, challengée par l’associatif. Le chef de mission, le coordinateur doit stimuler cette approche au sein de l’équipe, dans les briefings aux collègues, dans les rencontres. Il doit être le garant de cette culture associative, il doit l’incarner, jouer le rôle de catalyseur voire, dans certains cas, de locomotive.

 

Des actions Covid telles que l’associatif développe en RDC, sont-elles essentielles pour les opérations ou est-ce une activité auxiliaire?  Quelle est pour toi l’utilité de l’associatif terrain ? Que peut-il apporter? 

L’associatif MSF est essentiel car il permet de constamment rappeler la mission sociale de notre organisation. Par ses actions, l’associatif démontre que chacun d’entre nous peut aussi, individuellement, faire de petites différences dans la vie des gens. Par exemple, les actions COVID-19 mises en place en RDC par l’associatif en faveur de petits groupes vulnérables – les personnes handicapées ou les orphelins, par exemple – témoignent que nous sommes, au-delà de nos gros projets, des individus portés par une mission sociale, indignés par la condition des plus vulnérables et mobilisés en leur faveur. C’est un aspect très important de notre culture MSF que porte l’associatif.

En ces temps de COVID-19, où les mesures de distanciation physique réduisent nos interactions, ce rôle de l’associatif est encore plus important. Face aux barrières qui se sont dressées, l’associatif doit être là pour montrer que chacun peut agir. En RDC, la mise en place d’un point focal associatif « COVID-19 » s’est révélé très utile, tant à l’interne qu’à l’externe, pour être en lien et échanger avec d’autres réseaux associatifs d’autres sections.

Quel est ou devrait être l’espace d’autonomie, de liberté, de décision dans un projet pour développer des activités asso qui répondent à des opportunités qui n’ont pas nécessairement été planifiées à l’avance ?

A l’intérieur du cadre existant sur cette question, cet espace doit être maximal. Il faut laisser la liberté aux équipes de terrain, qui sont au cœur de leur contexte, de définir les activités associatives à mettre en œuvre. A travers ces actions, l’associatif MSF permet de rappeler notre ADN aux collègues qui ont la tête dans le « guidon des opérations »: nous sommes, à la base, une bande d’hommes et de femmes engagés, des indignés. A travers des actions sportives, ludiques, des débats ou autres activités sociales, l’associatif rappelle concrètement notre engagement en faveur des personnes vulnérables, des personnes en détresse.


 

 

 

By: Sophie Guillaumie