Comment quitter MSF en 4 étapes ?

In English below.

Chers ex-collègues,

Je voudrais partager avec vous ce qui m’est arrivé fin 2010.

1) « L e matching tomb e à l’eau »

J’étais en vacances et en contact avec MSF pour définir la mission suivante. Un imbroglio de propositions, changements, annulations, nouvelles propositions, marche arrière, discussions et confusions, débouchent après 3 mois sur … rien, pas de mission. Les personnes en charge aux RH en ont peutêtre retenu : « David est compliqué à gérer ». Ma propre conclusion était : « Quelle gestion froide et administrative, où des gens débordés ne voient que des postes à pourvoir et des règles strictes, sans s’intéresser au travail lui-même, ni à la personne, son point de vue et ses priorités. »

2) « J’ai pas le temps »

Une fois ce départ annulé, restait à voir ce que MSF allait me proposer. Étant passé par l’Arménie, la Roumanie, l’Irak, l’Angola, Goma et autres urgences, je me disais qu’un temporaire retour aux sources ne serait pas mauvais, et que j’accepterais une mission d’urgence si MSF me la proposait. Prêt à l’action, mais ne voyant rien venir, après 3 semaines d’attente, je contacte ma Pool Manager qui me fait cette réponse sublime : « Je n’ai pas le temps de voir avec toi les possibilités de mission car je suis trop occupée à  chercher des gens pour l’urgence en Haïti ! ! ! ! ». Ce jour-là, j’ai compris qu’il était temps d’aller voir ailleurs et le soir même j’acceptais l’offre en stand-by d’une autre organisation.

3) « T iens, il a quitté ? »

Le drink offert par les collègues, la carte débile signée par tout le monde, le discours rigolo, le cadeau souvenir et l’article dans Contact ont une fonction : ils saluent les années passées ensemble, collent des sourires sur un moment forcément douloureux, et affirment qu’au moment de la séparation, les sentiments positifs des deux côtés dépassent les éventuels griefs. Ne rien offrir de tout cela après 22 ans passés à MSF donne un message différent : l’indifférence totale.

4) « Ce n’est qu’un au revoir ? »

Un départ n’est pas forcément définitif. L’au revoir n’est peut-être pas un adieu. Si MSF gardait contact avec un expérimenté qui va voir ailleurs, celui-ci pourrait, qui sait, revenir un jour dans l’organisation riche de cette expérience supplémentaire. Moi, depuis mon départ, je n’ai jamais eu un message demandant : « Où es-tu ? Que fais-tu ? MSF a encore envie de travailler avec toi, voudrais-tu encore travailler pour MSF ? ».

Voilà donc comment s’est passé mon départ !

Que me reste-t-il aujourd’hui de cette histoire ? Sur le plan personnel, la page fut vite tournée. Mes 1001 beaux souvenirs avec MSF ont largement surpassé l’amertume de la séparation. Ensuite, nouveau pays, nouveaux boulots, notre bébé, notre mariage : Wânia et moi avons vite découvert qu’il y avait une vie après MSF et qu’elle était fort intéressante ! Et pourtant je continue à regretter tout ceci … pour l’organisation MSF elle-même. MSF déploie des efforts considérables pour recruter des personnes motivées et compétentes et perd parfois, par simple inadvertance, des gens motivés, compétents et expérimentés, qu’on n’a pas le temps d’écouter, entre réunions et téléconférences.

J’y vois les effets de la compartimentation des services : il me semble que, au fil des ans, le département RH est devenu une suite de services automatisés, où chaque personne accomplit à la chaîne des tâches bien déterminées, sans plus laisser de place pour l’informel, le bon sens, ou la gestion cohérente d’un dossier à travers les différents services. Je pense que la Gestion des Ressources Humaines doit avant tout être une Gestion Humaine. À trop la systématiser, on perd l’Humain, et il reste une Gestion des Ressources, pareille à l’approvisionnement ou à la gestion des stocks. À mon avis, de la part du staff RH, une attitude genre : « David, comment vas-tu ? Non, tu ne m’interromps pas, viens, je laisse mon bureau et allons prendre un café » serait plus porteuse d’avenir, qu’une approche « Prenez votre ticket et attendez dans la salle ….au SUIVANT ! ». J’espère me tromper, mais il me semble que MSF passe progressivement de l’une à l’autre. Ce serait dommage, non ?

David Goetghebuer,
Kinshasa

From CONTACT 118

Quitting MSF in 4 steps

I would like to tell you about what happened to me in late 2010.

1) “The matching goes up in smoke”

While I was on holiday I got in touch with MSF in order to decide upon the next mission. A tangle of proposals, changes, cancellations, fresh proposals, back-pedalling, discussions and confusion resulted after 3 months in….nothing, no mission assignment. The people in charge of the HR department may remember something like: “David is difficult to handle”. My own interpretation of events was “What a cold, red-tape style of management, where people swamped with work can see no further than the vacancies to be filled and stringent rules, no interest in the work itself, nor the people, their points of view, and priorities”.

2) “I don’t have the time”

Once the departure process had been called off, all that remained was to see what MSF was about to offer me. Having passed through Armenia, Romania, Iraq, Angola, Goma and other emergencies, I thought a temporary homecoming would not be a bad thing, and I would accept an emergency mission if MSF offered me one. Ready for action but with nothing in view, I decided, after three weeks, to get in touch with my Pool Manager, who came up with this sublime reaction: “I don’t have the time to discuss the mission opportunities with you because I am all tied up scouring for people for the emergency in Haiti!!!”. This was the day it dawned on me it was time to look elsewhere and that very evening I accepted an offer from another agency.

3) “What? He quit?”

The farewell drink with your colleagues, the ridiculous card signed by everyone, the joking good-bye speech, the souvenir gift and the article in Contact all serve a purpose: they pay tribute to all the years spent together, paste some smiles on faces during the necessarily painful experience and assert that when the time comes to separate, the positive attitudes of both sides outweigh any grievances there may be. Not offering any of this after 22 years in the service with MSF conveys a different message: complete indifference.

4) “It’s only a good-bye for now?”

When you leave it is not necessarily for ever and ever. It may not be goodbye and farewell, but see
you later. If MSF were to keep in touch with an experienced person who is going elsewhere, who knows, the person might return to the organisation one of these days, after gaining some extra valuable external experience? Since leaving I have never received any message asking me: “Where are you? What are you doing? MSF would like to work with you again, would you still be willing to work for MSF?”. So that is how my departure happened! How do I feel now about the whole business? From a personal viewpoint, I moved on very quickly. My 1001 lovely memories with MSF have surpassed by far the bitterness of separation. After that, new country, new jobs, our baby, our marriage: Wânia and I soon discovered that there was life after MSF and a most interesting one at that! And yet, I continue to regret all that… for the MSF organisation itself. MSF makes tremendous efforts to recruit motivated and competent people and sometimes, through a mere oversight, loses motivated, competent and experienced people because the time is not taken to listen, in the intervals between meetings and teleconferences.

I can see the impact made by compartmentalising the services: it strikes me that, over the years, HR has become a series of automated services, where each person completes a chain of well-defined tasks, without enough room being left for the informal, common sense, or the coherent management of a matter across the various services functions. It is my view that Human Resources Management should first and foremost be a question of Human Management. With excessive systematisation we lose sight of the Human factor and all we have left is Resource Management, akin to procurement or stock management. I think that if HR were to adopt an attitude along the lines of: “David, how are you? No, you are not interrupting, come on, let’s get out of the office and have a cup of coffee”, it would be more forward- looking than “Take a ticket and wait in the waiting room…. NEXT!”.

I may be wrong but it appears that MSF is gradually moving from the one approach to the other. It would be a great pity, would it not?

David Goetghebuer,
Kinshasa

From CONTACT 118

 

By: Rebecca Cederholm