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(In English here below)

L’institutionnalisation de la confusion entre le militaire et humanitaire en RDC, une réelle inquiétude pour MSF en RDC

Il y a un an et demi, MSF sortait dans la presse congolaise l’oped suivant : « Nous ne sommes pas des soldats en blouse blanche ». Le message était clair : nous nous devions de dénoncer la mise à mal de l’espace humanitaire et la confusion des genres militaire/humanitaire qu’entretenait la MONUSCO. Depuis l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU en mars 2013 de la Résolution 2098, la mission intégrée de la MONUSCO en RDC a été dotée d’une force militaire offensive avec la mise en place de la Brigade d’Intervention, dont le mandat est de neutraliser les groupes armés. Pour MSF, il n’a jamais été question de critiquer la pertinence de ce mandat offensif, ni de dicter aux forces militaires ce qu’elles ont (ou pas) à faire pour mettre fin au conflit qui ravage l’Est de la RDC depuis plusieurs décennies. Par contre, la mission RDC a estimé qu’il était de son rôle de questionner le précédent créé par cette résolution et son impact potentiel sur la perception, l’accès et l’action humanitaires - une problématique d’analyse et de plaidoyer somme toute banale pour notre organisation.

Pour la mission RDC, la résolution 2098 change résolument le visage de la MONUSCO. Désormais, cette mission est partie prenante au conflit. Ceci est clairement expliqué dans le rapport du International Peace Institute de novembre 2014[1], «La  MONUSCO dans son entièreté, et pas juste la Brigade d’Intervention, est considérée comme étant partie au conflit armé. […] Les bases MONUSCO peuvent être catégorisées comme des cibles légitimes sous le DIH, et le personnel civil des Nations unies pourrait devenir un dégât collatéral dans une attaque ».

Dans ce contexte, où les Nations unies dans leur ensemble deviennent une cible légitime ou probable, MSF s’oppose à ce que la MONUSCO livre son combat militaire offensif sous couvert d’humanitaire. En effet, les soldats de la Brigade d’Intervention mènent leurs opérations militaires offensives à partir de véhicules, chars et des hélicoptères blancs. Seule la couleur du logo UN, noir ou bleu, distingue les agences Onusiennes humanitaires des forces militaires de l’ONU. La couleur de ce logo n’est pas discernable de loin.

Derrière ce combat, pour que les forces offensives de la MONUSCO soient peintes dans le traditionnel vert militaire, se cache donc un impératif essentiel : préserver à tout prix notre perception et l’indépendance de l’action humanitaire. Depuis plus d’un an et demi, on se bat pour que le blanc, ce blanc qui nous protège mieux que n’importe quelle arme, ne devienne pas la couleur de la guerre. Pour que les populations ne soient pas induites en erreur, qu’elles distinguent ce qui est militaire de ce qui est humanitaire. Il y a un peu plus d’un an, à Majengo, les populations déplacées que nous venions aider nous accusaient, nous Muzungu[2], d’être responsables de tout ce qui se passait. Furieuses contre la MONUSCO, elles nous assimilaient bien évidemment aux Nations unies.  Mêmes visages blancs dans des 4x4 blancs…

Face à cette situation, la mission s’est mobilisée. On a développé une stratégie de plaidoyer et écrit un document de briefing sur ce problème, afin de sensibiliser différents acteurs en bilatéral. Et puis, on s’est vite rendu compte que si la sensibilisation avec les groupes armées et avec les populations devait bien évidemment continuer sur le terrain en RDC, les discussions avec l’ONU, certains bailleurs et quelques pays clés ne pourraient avoir lieu qu’à l’international, dont New York où se situe le centre décisionnel de DPKO. On a donc référé cette question à l’Associatif et aux sièges des différentes sections.

Etant concernés en première ligne par ces questions de perception, d’acceptation et d’accès, les membres de l’associatif ont pris ce sujet à bras le corps. Des motions demandant un positionnement de MSF sur ce sujet ont été votées aux FADs de Bukavu, Bunia et Lubumbashi en mars 2014. La motion de Bukavu a été relayée et votée à quasi l’unanimité à l’OCB Gathering de mai 2014, puis à l’Assemblée Générale Internationale tenue à Athènes le mois suivant. Le message de l’associatif était clair : MSF doit combattre l’institutionnalisation de la confusion des genres entre le militaire et l’humanitaire, qui compromet notre acceptation et l'accès aux populations.

Mais les voix du terrain et de l’associatif peinent à se faire entendre au niveau des sièges. Certains répondent que ce n’est pas encore un problème car MSF n’a pas eu d’incident lié à cette confusion entre militaire et humanitaire ; d’autres rétorquent que le débat est dogmatique et naïf ; certains suggèrent que nous changions la couleur des véhicules MSF – mais la seule couleur qui n’est utilisée par aucune autre ONG est le vert militaire. En plus de 18 mois, un réel débat sur cette confusion des genres n’a pas encore eu lieu.

Faudra-t-il attendre qu’un incident critique se produise, qu’un staff se retrouve sous le feu d’un groupe armé pour se préoccuper enfin de ce problème? On ne l’espère pas.

Le 8 janvier 2015.

Louise Roland-Gosselin, Chef de Mission Adjoint en RDC & Michiel Hofman, AAU

 

[1] IPI, The Intervention Brigade: Legal Issues for the UN in the Democratic Republic of the Congo, November 2014

[2] ‘Muzungu’ signifie ‘blanc’ ou ‘étranger d’origine European’ en Swahili et plusieurs langues Bantu.


Confused? So are we. Welcome to DRC.

Institutionalisation of the confusion between military and humanitarian operations in DRC: a real concern for MSF in DRC

A year and a half ago, MSF published the following op-ed in the Congolese press: “We are not soldiers in white coats.” The message was clear; we had to denounce the threat to humanitarian action and the military-humanitarian confusion being fostered by MONUSCO. Since the UN Security Council's adoption of Resolution 2098 in March 2013, MONUSCO's integrated mission in DRC has been equipped with an offensive military force, the Intervention Brigade, whose mandate is to neutralise armed groups. For MSF, there has never been any question of criticising the relevance of this offensive mandate, nor of dictating to the military forces what they should or shouldn't do to end the conflict that has gripped Eastern DRC for the past few decades. However, the DRC mission did consider it necessary to question the precedent set by this resolution and its potential impact on the perception, access and effectiveness of humanitarian organisations – a question of analysis and advocacy; nothing out of the ordinary for our organisation.  

For the DRC mission, Resolution 2098 decisively changed the face of MONUSCO. Now, the UN mission is a party to the conflict. This is clearly explained in the International Peace Institute's report of November 2014: “MONUSCO as a whole, and not just the Intervention Brigade component, is considered a party to the armed conflict.[1] […] MONUSCO premises and bases can be categorised as a military targets under IHL, and UN civilian staff may become collateral damage in an attack.”

In this context, where the United Nations as a whole is a legitimate or probable target, MSF objects to the fact that MONUSCO is waging its military campaign under a humanitarian guise. Indeed, Intervention Brigade soldiers are carrying out their offensive military operations in white vehicles, tanks and helicopters. Only the colour of the UN logo, black or blue, sets the UN humanitarian agencies apart from the UN military forces. The colour of the logo is not apparent from a distance.

This fight to ensure that MONUSCO's offensive forces are painted in traditional military green is driven by the need to preserve, at all costs, our perception and the independence of humanitarian action. For over a year and a half, we have been fighting to ensure that the colour white, a colour that protects us better than any weapon, does not become the colour of war, to ensure that the people are not misled, that they can distinguish between what is military and what is humanitarian. A little over a year ago, in Majengo, the displaced people we were assisting accused us, we Muzungu, [2] of being responsible for what was happening. Angry with MONUSCO for failing to repel rebel attacks, they naturally equated us with the United Nations – the same white faces in white 4x4s.

In response, the mission took action. We developed an advocacy strategy and wrote a briefing document on the issue to raise awareness among the various bilateral parties. We quickly realised that while raising awareness among the armed groups and the population should naturally continue in the field in the DRC, discussions with the UN, certain donors and some key countries could only be carried out internationally, in New York, the DPKO’s decision-making base. The issue was thus referred to the association and the HQs of the various MSF sections.

Primarily concerned by MSF’s perception, acceptance and access, members of the association tackled the problem head on. Motions asking for MSF to take a stance on the issue were voted at the FADs in Bukavu, Bunia and Lubumbashi in March 2014. The Bukavu motion was relayed and voted near unanimously at the OCB Gathering in May 2014, then at the International General Assembly held in Athens the following month. The association's message was clear: MSF must fight the institutionalisation of the confusion between military and humanitarian operations, which compromises acceptance of and access to our services by communities.

But the voices from the field and from the association are struggling to make themselves heard at HQ level. Some respond that it is not yet a problem because MSF has not had an incident arising from this confusion between military and humanitarian, while others retort that the debate is dogmatic and naïve. Some also suggest that we change the colour of MSF's vehicles – but the only colour not used by any other NGO in Goma is military green. In more than 18 months, no real debate on this confusion has yet been held.

Must we wait until a critical incident occurs, until staff come under fire from an armed group to finally concern ourselves with this problem? We hope not.

8 January 2015

Louise Roland-Gosselin, Deputy Head of Mission DRC & Michiel Hofman, AAU


[1] IPI, The Intervention Brigade: Legal Issues for the UN in the Democratic Republic of the Congo, November 2014

[2]Muzungu’ means ‘white’ or ‘European foreigner’ in Swahili and several Bantu languages.

 

 

By: Göran Svedin