Is the disregard of IHL the new norm?

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Without a doubt, the year 2015 has been one of the most difficult for us as a movement, certainly for me since I first became part of the MSF movement.

The attack on Kunduz Treatment Centre (KTC) was unfortunately the defining incident of our year. It was the KTC attack that brought missions and different offices of MSF together, united in rage. We saw over half a million members of the public stand in solidarity with MSF, and sign our petition calling for an independent investigation into the attack which was ultimately delivered to the White House. Needless to say, infuriating as it was, even today, it is still difficult to get an independent perspective on the facts leading to the attack, and this only adds salt to the injury we suffered, and continue to suffer.

Regardless of the rage that we felt, and that we continue to feel, we must, as a necessity, move on. We have to find closure as a movement - take lessons- and move on. It’s what we do, we soldier on!

Being mindful of the need to move on, there are some difficult questions we must ask and answer at once….

In 2015, we have seen States show utter disregard of International Law. If it is not the failure to provide safe means to seek refuge for hundreds of thousands of people fleeing conflicts and seeking protection, it is the failure to offer humanitarian assistance to millions trapped in conflict in Syria and Yemen. As if this was not enough, the last months of the year saw utter disregard for IHL. Specific to MSF, we have seen medical structures being razed to the ground by air strikes of the so-called war on terror.  In some contexts, we have seen armed men storm into our hospitals and medical facilities with one demand or another. It would appear that the protection that IHL offers to medical facilities and medical staff on the frontlines has been rendered obsolete and has been overtaken by events.

In Dec 2015, the 32nd International Conference of the Red Cross and Red Crescents had an opportunity to strengthen the compliance mechanism to boost compliance with the Geneva Conventions - but unfortunately, the States gathered in the conference failed to back this proposal. Instead, a watered down resolution to “investigate” attacks on medical facilities was agreed.

The question really is, have the attacks on our medical facilities become the new normal? Should we accept this as the new ”occupational hazard”? When do we say – ENOUGH…where do we draw the line?

There is a real danger that these attacks have become the new norm. There is a danger that the disregard of IHL has shocked us to the point of being numb. There is a danger that these attacks have shocked and numbed us to the point where we are either willing or ready to accept money from the US government to build a hospital in Kunduz that they may have deliberately razed to the ground, killing and wounding so many of our colleagues and patients. One wonders whether we still recall that we have not being accepting funds from the US for our operations in Afghanistan for the past few years!

It is a good time to reflect on our work not only in Afghanistan, but in a number of the Highly Insecure Contexts in which we find ourselves working, often in isolation from other international actors. While we strive to “provide assistance to populations in distress”, this, in my opinion, should not be something we are willing to do even when we have to pay the ultimate price!

Karsten Noko,
Vice-President of MSF South Africa.

 

[1] International Humanitarian Law


Le mépris du DIH est-il la nouvelle norme ?

L’année 2015 a sans aucun doute été la plus difficile jamais vécue par notre mouvement. C’est en tous cas la plus difficile que j’ai connue depuis que j’ai rejoint le mouvement MSF.

L’attaque du Centre de traitement de Kunduz (KTC) restera malheureusement l’événement le plus marquant de l’année. Elle a rapproché les missions et les bureaux de MSF, tous unis par la même rage. Plus d’un demi-million de citoyens ont manifesté leur solidarité avec MSF et ont signé notre pétition, exigeant une enquête indépendante, qui a finalement été remise à la Maison-Blanche. Inutile de préciser – aussi exaspérant cela soit-il – qu’aujourd’hui encore, il est difficile d’obtenir un regard indépendant sur les faits qui ont mené à l’attaque, ce qui ne fait qu’accentuer notre douleur.

Malgré la rage qui nous anime, nous devons aller de l’avant. En tant que mouvement, nous devons tourner la page, tirer les enseignements nécessaires et poursuivre notre route. Et c’est ce que nous faisons : nous persévérons, envers et contre tout !

Mais il y a cependant quelques questions difficiles que nous devons poser et auxquelles nous devons répondre…

En 2015, nous avons vu des États afficher un mépris plus total pour le droit international. Citons leur incapacité à offrir aux centaines de milliers de personnes fuyant les conflits et cherchant un peu de protection des moyens sûrs pour trouver un refuge, mais aussi à apporter une assistance humanitaire aux millions de victimes des conflits en Syrie et au Yémen. Et comme si ce n’était pas assez, les derniers mois de l’année, nous avons constaté que le DIH était totalement ignoré. Chez MSF, nous avons vu des structures médicales se faire raser lors de frappes aériennes, dans le cadre de la soi-disant guerre contre le terrorisme. Dans certains contextes, nous avons vu des hommes armés pénétrer dans nos hôpitaux et nos centres médicaux pour faire valoir leurs exigences. Il semblerait que la protection que le DIH offre au personnel et aux centres médicaux sur la ligne de front soit devenue obsolète et que la situation ait totalement changé.

En décembre 2015, la 32e conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge aurait été l'occasion de renforcer le mécanisme de conformité avec les Conventions de Genève – mais, malheureusement, les États réunis à cette occasion n’ont pas soutenu cette proposition. À la place, une résolution édulcorée visant à enquêter sur les attaques contre les infrastructures médicales a été adoptée.

D’où cette question : les attaques contre nos structures médicales sont-elles devenues la nouvelle norme ? Devons-nous accepter ce nouveau « risque du métier » ? Quand allons-nous dire « stop » ? Où devons-nous mettre la limite ?

Il y a vraiment un risque que ces attaques constituent la nouvelle norme. Il y a un risque que le mépris du DIH nous ait tellement choqués que nous sommes complètement paralysés. Il y a un risque que nous soyons tellement sidérés que nous serions prêts à accepter de l’argent du gouvernement américain pour reconstruire à Kunduz un hôpital qu’ils l’ont peut-être délibérément réduit en cendres, tuant et blessant nombre de nos collègues et patients. Est-ce que nous nous rappelons que, ces dernières années, nous n’acceptions pas de fonds des États-Unis pour nos opérations en Afghanistan ?

Le moment est venu de réfléchir à notre travail, non seulement en Afghanistan, mais dans toute une série de contextes très instables dans lesquels nous travaillons, souvent sans l’aide d’autres acteurs internationaux. Même si notre objectif est d’« apporter de l’assistance aux populations en danger », il me semble que nous ne devrions pas être prêts à fournir notre aide si nous devons le payer d'un tel prix !

Karsten Noko,
Vice-présidente de MSF Afrique du Sud.

[1] Droit international humanitaire

By: Göran Svedin