It’s not time for migration-fatigue…

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As migration-fatigue creeps upon us, after over a year of unprecedented operational, advocacy and communications engagement, we are further away today than ever from seeing the back of this issue and it is time we step up to the challenge…

As a million refugees and migrants sought assistance and protection in Europe in 2015, another million or more are likely to attempt the same dangerous and desperate journey in 2016. Over a hundred thousand have already done so in the first six weeks of 2016, 400 of them dying at sea along the way.

Yet as OCB invested about a tenth of its annual budget on migration in 2015, questions have being asked as to the legitimacy of this financial and HR investment, as well as organizational focus. The argument goes that people’s passion on this issue is driven by euro-centrism. That a big deal is being made of this because it is happening in Europe, under our noses, affecting many of the HQ’s staff family and friends. The assumption is that we are reacting disproportionately, that we wouldn’t care as much if this exact same situation was taking place elsewhere.

Whilst there is little data recording the overall morbidity and mortality rates of this million people on the move, the little there is doesn’t indicate that the health burden of this “crisis” is off the scale. And clearly, the proximity of the unfolding events can have an emotive impact on us. I found the scenes I witnessed on the Greek islands of Lesbos and at the Parc Maximilien in Brussels particularly shocking for how close they felt to home. And I was particularly moved when my sister didn’t just send money to MSF to support its migration response, as she had done in the past for other emergencies, but she also went to her local city council in the UK and registered to welcome refugees in her home.

But it is not the medical impact of this crisis or just how close to home it feels for many HQ staff that makes it exceptional, it is the dramatic societal, political, legal and essentially human consequences that it is having which requires a greater and a different engagement from MSF.

If you take a step back and look at news headlines all over Europe, the outcome is shocking and would have been quite unthinkable even a year back. Migrant shelters are being set alight; violent mobs are trying to scare or block the arrival of refugees; the far-right and anti-immigration pegida movement is gaining ground; xenophobic, racist or staunchly anti-asylum and immigration rhetoric is becoming far more acceptable and mainstream, as politicians across parties try to pander to people’s fear and insecurities. Politicians and the media in the UK, Belgium and elsewhere refer to “swarms” or a “bunch” of migrants that “shouldn’t be fed” for fear that more would come.

And as the public opinion and politicians have integrated the “Them and Us” rhetoric and have turned against refugees and migrants seeking assistance and protection on their shores, Europe has gone back, questioned and violated the most basic principles of humanity and the fundamental and until then widely accepted principles of international refugee and human rights law.

So no, the European migration “crisis” is not critical because it is affecting us Europeans, it is momentous because fundamental principles and rights, including the right to seek asylum from persecution, have been and continue to be dramatically eroded. And it is our patients in Syria, Iraq, Afghanistan, Myanmar, and Eritrea who are fleeing war and persecution that will pay the price for decades to come. Also,  if Europe no longer upholds these basic rights and principles for people fleeing to its continent, how are we or others to advocate that they be respected elsewhere?

Operationally, as well as from an advocacy and communications point of view, MSF is gearing up for what is likely to be another very difficult year for migration. As an organization, we have the experience and capacity to respond, although difficult choices will have to be made as to what to prioritise.

Yes this won’t be enough. Our operations and our traditional way of doing advocacy and communications won’t suffice. Just like the bombing of Kunduz required a different type of response and engagement, so do the recent developments that the European migration situation has brought. Responding to the health consequences, calling for safe passage and humanizing the refugees continue to be needed – but alone they are unlikely to have much of an impact.

Just like the fight against HIV required MSF to challenge its traditional approach, now too the situation requires a change in strategy. It is time we realise we are faced with a historical and defining moment in history. I don’t believe that we should or even can afford not to have a stronger and yes, more political position that denounces the growing xenophobia and the erosion of crucial principle of human rights and refugee law. The human and humanitarian stakes are too high. 

It’s time we get “activist” and step up our game. If history will look back on how European leaders acted, so too will it look back at the role of humanitarian organisations and private citizens – and business as usual won’t do.

Louise Roland-Gosselin Muamba,
Refugee Task Force - Advocacy support

Migration : il est tout sauf temps de laisser la lassitude s’installer…

Alors que la fatigue commence à s’emparer de nous, après un an d’un engagement opérationnel, de plaidoyer et de communication sans précédent sur la question migratoire européenne, nous sommes plus loin que jamais d’une solution au problème. Il est temps de relever le défi.

Alors qu’un million de réfugiés et de migrants sont venus chercher assistance  et protection en Europe en 2015, il faut s’attendre à ce qu’au moins un million de personnes supplémentaires se lancent dans cette traversée périlleuse et désespérée en 2016. Plus de cent mille l’ont déjà fait dans les premières semaines de l’année, ce qui a coûté la vie à 400 d’entre elles.

Pourtant, alors que l’OCB a investi environ un dixième de son budget annuel à répondre à la « crise migratoire Européenne » en 2015, la légitimité de cet investissement en termes de finances, de RH, et de priorité organisationnelle pose question. Certains affirment que c’est par eurocentrisme que la situation entraîne autant de passions et d’intérêt, que l’on en fait toute une histoire parce que cette crise se déroule en Europe, sous notre nez, et parce qu’elle affecte beaucoup de membres de la famille et d’amis du personnel du siège. Ces mêmes personnes estiment que nous réagissons de manière disproportionnée, que nous ne nous sentirions pas si concernés si la même situation se déroulait ailleurs.

Bien que nous disposions de peu de données sur les taux de morbidité et de mortalité de ce million de personnes en déplacement, les quelques statistiques dont nous disposons n’indiquent pas que cette « crise » ait un impact particulièrement dramatique sur la santé. Et, clairement, la proximité des événements a un impact émotionnel. Les scènes que j’ai pu observer sur les îles grecques de Lesbos et au parc Maximilien, à Bruxelles, m’ont particulièrement choquée du fait qu’elles se déroulaient si près de chez moi. Et j’ai été très touchée par le fait que ma sœur ne se soit pas contentée d’envoyer de l’argent à MSF pour soutenir nos actions en faveur des réfugiés et migrants, mais qu’elle se soit aussi rendue à son conseil municipal local, au Royaume-Uni, pour s’inscrire en vue d’accueillir des réfugiés chez elle.

Mais ce n’est pas l’impact médical de cette crise ou le fait qu’elle se déroule si près de chez nous qui la rend si exceptionnelle, mais bien ses dramatiques conséquences sociétales, politiques, juridiques et, surtout, humaines. Celles-ci requièrent une implication plus importante et différente de MSF.

Si vous prenez un peu de recul et regardez les unes des journaux partout en Europe,  le résultat est choquant et aurait été impensable il y a un an. Des abris pour migrants sont incendiés ; des foules déchaînées tentent d’effrayer les réfugiés ou de les empêcher d’arriver ; le mouvement d’extrême droite et anti-immigration Pegida gagne du terrain ; la rhétorique xénophobe, raciste ou ouvertement contre les demandeurs d’asile et les migrants devient de plus en plus acceptable et courante ; tandis que les hommes politiques de tous bords abondent dans le sens et nourrissent les peurs et le sentiment d’insécurité des citoyens. Au Royaume-Uni, en Belgique et ailleurs, les politiciens et médias parlent d’un « afflux » ou d’une « vague » de migrants « auxquels il ne faut pas donner à manger » au risque d’en attirer d’autres.

Et, alors que l’opinion publique et les hommes politiques ont intégré la rhétorique du « nous et eux » et tournent le dos aux réfugiés et aux migrants qui viennent chercher de l’assistance et de la protection sur leurs côtes, l’Europe met en péril le concept même d’humanité et remet en question et viole les principes fondamentaux et jusque-là largement acceptés des droits de l’homme et du droit des réfugiés.   

Donc, non, la « crise » européenne des migrants n’est pas dramatique parce qu’elle nous touche nous, les Européens, mais parce que des principes et droits fondamentaux, y compris celui de demander l’asile pour fuir des persécutions, ont été et continuent d’être terriblement bafoués. Et ce sont nos patients en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Myanmar et en Erythrée, qui fuient la guerre et les persécutions, qui en paient le prix maintenant et pour les décennies à venir. En outre, si l’Europe ne respecte plus ces droits et principes quand des personnes cherchent refuge sur son continent, comment pourrons-nous (nous ou d’autres organisations) plaider pour que ceux-ci soient respectés ailleurs ?

Sur le plan des opérations, mais aussi du témoignage et de la communication, MSF se prépare à ce qui sera probablement une autre année difficile en matière de migration. En tant qu’organisation, nous avons l’expérience et les capacités pour y répondre, mais des choix difficiles devront être faits quant à nos priorités.

Mais ce ne sera pas suffisant. Nos opérations, ainsi que notre manière traditionnelle de faire du plaidoyer et de communiquer ne suffiront pas. Les récents événements relatifs à la migration en Europe appellent à un nouveau type de réponse et d’engagement, à l’instar du bombardement du centre de Kunduz. Même si répondre aux conséquences en matière de santé, appeler à un passage sûr et humaniser les réfugiés restent indispensables, cela ne suffira malheureusement pas pour avoir un impact.

Tout comme la lutte contre le VIH a obligé MSF à remettre en question son approche traditionnelle, la situation requiert cette fois encore un changement de stratégie. Il est grand temps de réaliser que nous sommes à un tournant de l’histoire. Je ne crois pas que nous pouvons nous permettre de ne pas adopter une position plus forte et plus politique, dénonçant l’essor de la xénophobie et l’érosion de principes essentiels des droits de l’homme et du droit des réfugiés. Les enjeux humains et humanitaires sont trop importants.

Il est temps de redevenir des « activistes » et de nous montrer à la hauteur. Les générations futures se rappelleront des décisions et actions des dirigeants européens, mais aussi du rôle des organisations humanitaires et des citoyens – et le « business as usual » ne fera pas l’affaire.

Louise Roland-Gosselin Muamba,
Task Force « Réfugiés » - Advocacy support
 
By: Göran Svedin