L’année du désert

The International Remuneration Project II
Le conservatisme du BI face à « l’année du désert »

(in English here below)

Le 18 mars dernier lors du classique « Flash info », notre réunion hebdomadaire rassemblant l’ensemble des employés, Meinie Nicolaï, notre Présidente, nous annonçait le refus du Board International (IB) de réduire « l’année du désert » à 6 mois tel que proposé par l’ensemble des 5 centres opérationnels (OC).

En effet, dans le cadre de la révision de la politique salariale, le fameux IRP2, les 5 OC avaient trouvé un accord pour réduire l’année du désert d’un an à 6 mois. L’OCB, quant à lui, était même partisan de supprimer totalement cette année. Si cette année du désert trouve son origine dans le volontariat et l’engagement demandés aux nouvelles recrues MSF, elle ne correspond plus, selon moi, à la réalité de MSF en 2013 !

Entendre par l’entremise de notre Présidente que le « Board tient à encourager l’exécutif et à le féliciter pour le travail effectué et le professionnalisme affiché… » personnellement ne me suffit pas !

Les principaux arguments du Board International sont liés à notre culture organisationnelle : MSF cherche avant tout du personnel expatrié engagé pour la mission sociale de MSF et, selon le Board, cet engagement doit passer par un sacrifice financier de l’individu !

En effet, à l’heure actuelle, durant les 12 premiers mois de mission sur le terrain, un expatrié a peu ou prou le statut de volontaire qui s’accompagne d’un salaire symbolique au regard du salaire médian dans son pays de résidence. Ce n’est qu’une fois que cet expat a accompli 12 mois sur le terrain qu’il/elle entre dans une catégorie salariale tenant compte de son niveau de responsabilité et des ses expériences passées.

Si je comprends tout à fait l’importance de l’engagement chez MSF, en tant qu’organisation, nous nous devons d’être, toujours à mon sens, cohérents avec nous-mêmes. Aujourd’hui, MSF n’engage pratiquement plus de gens inexpérimentés, fraîchement sortis de l’école et motivés pour la cause humanitaire. MSF aujourd’hui exige de la part de ses nouveaux expats d’avoir déjà au minimum 2 ans d’expérience professionnelle.

La décision de l’IB me laisse un goût amer dans la bouche et me donne l’impression que ceux qui ont fait le bonheur de MSF dans les années 90 (je caricature un peu ;-)) et qui sont censés prodiguer de sages conseils aux générations actuelles ont un peu oublié de rester connectés à une certaine réalité. Je ne remets en rien leur engagement, ni leur motivation, ni leur bonne intention en cause, mais face à une décision aussi conservatrice, je ne peux que m’indigner.

Croire que l’on touche aux valeurs de MSF, à l’engagement pour MSF parce qu’on envisage de se doter des moyens d’attirer à nous des personnes compétentes et expérimentées est un leurre ! Supprimer l’année du désert ne signifie pas supprimer l’engagement pour MSF ! MSF, toutes sections confondues, a d’ailleurs traduit cet engagement en compétence dans son dictionnaire et ne pas obtenir un certain niveau dans cette compétence est un critère d’exclusion lors du recrutement.

Il ne suffit plus de sortir des études et de vouloir aider les gens pour entrer à MSF. La démarche d’engagement est sans doute encore plus forte qu’avant, puisque maintenant beaucoup laissent tomber leur travail alors qu’avant, la plupart en cherchait un.

Les données ont donc changé et l’organisation doit donc s’adapter. L’exécutif s’y attèle en proposant de nouvelles solutions et en revoyant ses modes de fonctionnement, mais cela ne suffit apparemment pas.

L’IB, en refusant la proposition initiale des OCs, a lancé un message fort ! Il ne vous demande pas seulement de vous engager, éventuellement de quitter votre travail, votre famille, vos amis pour la cause MSF, il vous demande aussi de ne prendre aucun engagement dans votre pays avant d’avoir été recruté et d’avoir travaillé pour MSF… et pas seulement pendant une mission, mais bien souvent pendant au moins 2 missions. Et il vous conseille même de ne pas faire de pause entre vos missions car si vous voulez gagner quelque chose d’honnête – attention, j’ai dit « honnête » et donc loin d’être indécent – vous avez intérêt à vite faire vos 12 mois de mission et seulement après, vous pourrez vous rappeler qu’il y a une vie en dehors de MSF. Combien d’entre nous connaissent des gens compétents et intéressés par la mission sociale de MSF, mais qui, engagés dans la vie, ne peuvent pas tout laisser tomber, malgré une grande motivation, car un prêt à la banque ne se rembourse pas avec de l’engagement MSF…

Le monde change… C’est dingue, je me trouve ridicule de dire ça et pourtant je pense que le noeud est là… Certaines personnes manifestement n’ont pas conscience d’une certaine réalité professionnelle. Ou peut-être pire –car j’imagine que la plupart travaille encore… – ou peut-être pire donc, certaines personnes en ont conscience mais pensent que MSF ne fait pas partie de ce monde, que pour MSF tout est différent ! Quoi qu’il en soit, vu que MSF reste une association, je compte proposer une motion lors de l’AG de MSF-Belgique afin de supprimer définitivement cette année du désert.

Si cette motion est votée, MSF-Belgique aura la responsabilité de la mettre sur la table de l’OCB… qui devra lui s’attaquer à l’international… Cela prendra encore du temps, mais Rome ne s’est pas faite en un jour comme dit le proverbe… Il faut bien commencer quelque part !

Sébastien Libert


The International Board’s conservative approach towards the “year of the desert”

During the time-honoured “Flash info” weekly meeting, last March 18, attended by all employees, Meinie Nicolai, our President, said the International Board (IB) was refusing to limit “the year of the desert” (or indemnity period) to 6 months as proposed by all the 5 operational centres (OC).

Against the background of the wage policy review, the much-trumpeted IRP2, the 5 OCs hammered out an agreement to cut the indemnity period from 12 to 6 months. OCB was even championing the idea of discontinuing it completely. Rooted in the voluntary approach and commitment sought from new MSF recruits, the indemnity period is no longer consistent with MSF’s needs in 2013, in my opinion!

To hear our President say that the “Board is keen to encourage the Executive and congratulate it on the work completed and the professionalism shown…” does not go far enough, as far as I am concerned!  The International Board’s main arguments are related to our organisational approach: MSF above all seeks committed expats to undertake MSF’s social mission, and, according to the Board, this commitment should involve individuals making a financial sacrifice!

During the first 12 months of a field assignment, an expat is more or less assigned a voluntary status seconded with a symbolic wage, compared with the average earnings in the person’s country of residence. Only after the 12 months have come and gone will an expat be ranked in a wage category concomitant with the person’ level of responsibility and track record.

I do indeed understand the importance MSF attaches to a commitment but I believe that as an organisation we must always act consistently. MSF now recruits virtually no inexperienced people, fresh out of college and burning with a desire to serve the humanitarian cause. MSF now insists on new expats having at least 2 years of professional experience.

The IB decision has left a sour taste in my mouth, giving me the impression that those who delighted MSF during the 1990s (I am exaggerating a bit) and are now supposed to dispense pearls of wisdom to the current generations have almost forgotten how to stay connected with a certain degree of reality. I do not wish to challenge their commitment, their motivation or their good intentions, but I have to confess to being somewhat incensed by such a conservative decision.

To believe that tampering with MSF principles, the commitment to MSF is based on the idea that securing the resources needed to attract skilled and experienced individuals is an illusion! Abolishing the indemnity period does not mean getting rid of the commitment to MSF! All MSF sections have equated this commitment with competence in their vocabularies and a failure to achieve a certain level as regards this competence is tantamount to an exclusionary yardstick in the context of a recruitment drive.

Fresh out of college and anxious to help people is a not a good enough justification for being admitted into the MSF fold. The commitment approach is undoubtedly stronger than before because a lot of people are now giving up their jobs, whereas before most people were looking for one. So the situation has changed and the organisation has to cut its cloth accordingly. The executive is getting down to business by proposing new options and reviewing its operating procedures, but this is not enough, apparently.

The IB’s refusal to countenance the initial proposal floated by the OCs has sent out a very strong message! Not only are you being asked to commit yourself, possibly to leave your job, your family, your friends for the sake of the MSF cause, you are also being urged to refrain from making any other commitments in your country prior to being hired and employed by MSF… not just for the space of one mission, but often for the space of at least two. You are also being exhorted to avoid any breaks between your missions because if you want to achieve something honest - note, I said ‘honest’ and thus a far cry from indecent – it is in your interest to complete your 12-month mission within the shortest time possible. And then, and only then can you remember that there is a life outside MSF. How many of us know capable people who are interested in MSF’s social mission but once on board find themselves unable to drop everything, in spite of being highly motivated. After all you cannot pay your way with a commitment to MSF…

The world is changing… It’s crazy, I feel ridiculous saying that and yet I think that therein lies the rub… Some people are obviously unaware of the realities of the situation in which people are working. Or perhaps worse - because I imagine that most are still working… - or maybe even more seriously, some people are aware but think MSF is cut off from this world, that it is a completely different reality for MSF! In any event, as MSF continues to be an association, I intend to introduce a motion during the MSF-Belgium GA with a view to seeing the indemnity period discontinued.

If the motion is carried, MSF-Belgium will be responsible for tabling the motion to OCB… and the latter will be tasked with tackling the international dimension… That will take some time but Rome was not built in a day, as the saying goes… You have to make a start somewhere!

By: Sebastien Libert