Les états d’âme d’un informaticien désabusé

(For English text)

Dire que je suis ronchon serait un doux euphémisme, tout mon entourage sait qu’il y a toujours un petit truc qui ne va pas, un sujet à râlerie pour alimenter mon esprit bougon. Sauf que là, alors là, vraiment, c’est trop, ce n’est plus un mais une multitude de sujets qui fâchent qui m’indisposent aujourd’hui et c’est assez, je sature, j’overclock, je ne peux plus garder ça pour moi, il faut que ça sorte. Alors, en vrac, et vraiment pas du tout par ordre d’importance.

« L ’unité IT a découvert le Wifi ? »
Petite phrase, au demeurant anodine, qui m’a été adressée alors que j’installais une antenne Wifi au coeur des OPS. Gaudriole pas bien méchante mais qui dénote bien le fossé qu’il y a entre les référents techniques et les utilisateurs finaux.

Je m’explique. Récemment, on pouvait lire ce titre dans la très sérieuse revue Data News : « le Wifi commence à s’imposer dans les entreprises belges ». Oui, cela fait quelques années que, comme vous, j’utilise le Wifi à la maison, mais non, ce n’était pas le cas pour la plupart des entreprises. Pour des raisons de matériel, de sécurité et surtout de performances, il a fallu quelques années pour qu’elles s’y mettent aussi. Nous y voilà donc, pas précurseurs mais finalement pas à la traîne non plus pas rapport à ce qui ce fait dans le privé.

Ce qui m’amène enfin à la question qui suscite mon ronchonnement. Pourquoi les utilisateurs « basiques » doivent-ils toujours remettre en cause les choix faits par ceux qui sont censé connaître le sujet ? Et notez bien que vous pourriez remplacer « Wifi » par « Skype » ou « Tablette androïde » voir « Skype via Wifi sur Tablette ». Pourquoi les arguments fondés, émis par des techniciens dont c’est quand même la fonction et leur raison d’être parmi nous, sont si facilement et couramment balayés par l’utilisateur lambda ? Un peu comme si on remettait en cause les capacités de management du département RH ? (Eh non, ça c’est un mauvais exemple…), un peu comme si on remettait en cause notre présence dans des missions dites CNN (où il est bon que l’on nous voit, pas que l’on n’y soit …) par rapport à notre retrait d’Éthiopie ou du Bangladesh ? Vous voyez où je veux en venir ? Certains vont certainement penser : mais il est con celui-là, de quoi il se mêle, il n’y connaît rien ! Mais je ne pourrai malheureusement pas vous rendre la pareille car, depuis notre dernière réunion d’unité IT, nous avons été enjoints de vous considérer comme des clients.

« E picor nous coûtera probablement 2.900.000 € ! »
Epicor, ambitieux projet candidat au remplacement de Coda, notre base de données financières, devrzait nous revenir à 2.100.000 € pour le siège et 800.000 € pour MSF-Supply.. Cela comprendra les frais de licence, le salaire des IT du siège, des financiers alloués au projet et aussi ceux des multiples consultants ayant défilés ces deux dernières années et qui ne manqueront pas de continuer à venir presser la vache à lait l’année prochaine. En cette période d’examens de fin d’année, je révisais les maths avec ma fille ; alors sachant que le don « moyen » de nos donateurs est de plus ou moins 9 € par mois, combien faudra-t-il d’années à Madeleine pour nous verser cette somme ?

Alors 9 € par mois, donc 108 € par année, je divise la somme par 108 et j’obtiens le nombre d’années/donatrice qu’il faudra pour rembourser Epicor : 26.851 années ! J’aurai aussi bien aimé savoir combien d’années/donatrice il aurait fallu pour simplement effectuer la mise à niveau de Coda qui a provoqué cette démesure de dépenses ? Elle serait bien contente, Madeleine de savoir où vont ses 9 € et moi aussi j’aimerai bien savoir si l’on en est toujours à 10 ~ 12% de frais de fonctionnement comme annoncé au grand public ?

“À la dernière réunion mensuelle de l’unité IT , nous étions 14 autour de la table…”
Outre que je ne comprends toujours pas la plusvalue de cette pléthore de Coordinateur, Deputymachin et autre Project manager pour toujours aussi peu de porteurs d’eau, je peux comprendre que ce nombre peut effrayer surtout quand on connaît les résultats obtenus…

Somme toute, on pourrait vraiment comparer cette équipe à votre ordinateur :

  • il y a 15 ans vous aviez un PC qui faisait tourner Windows, Word, Excel et une boîte mail avec un processeur de 100Hz et 128Mb de mémoire vive.
  • aujourd’hui nos PC DOIVENT avoir un processeur multi-core plus rapide et 2Gb de mémoire vive pour faire tourner Windows, Word, Excel et Lotus…

La comparaison s’arrête malheureusement là car si les performances du PC se sont multipliées au fil des années, leur prix est resté stable, ce qui n’est pas le cas du nombre d’employés dans l’unité IT, ni du coût de leur masse salariale (et non, je m’abstiendrai d’évoquer ici leurs performances…). Voilà, certains prédisent une année 2013 avec Skype, pour ma part, je la vois avec un peu moins d’« amis ». Je vous souhaite néanmoins beaucoup de courage pour cette année, vous en aurez besoin.

Pascal Ribant


The state of mind of a disillusioned IT administrator

To say that I am a grouch would be an understatement: everyone around me knows that there is always something wrong, always something to complain about to fuel my miserable soul. Except in this case, it really is too much. It is no longer one, but a whole number of areas of contention that are annoying me at the moment and I have had enough, I cannot take any more, I cannot keep it to myself, I have to say something. So, here they are, and in no specific order.

“The IT unit has discovered WiFi then?”
A little comment, insignificant even, made to me whilst I was installing a WiFi antenna in the OPS department. A harmless enough joke, but which highlights the gulf between the technical experts and the end-users.

I will explain. Recently, the following title appeared in the respected journal Data News: “WiFi starts to make headway in Belgian companies”. Yes, I have, like you, been using WiFi at home for several years now, but no, this has not been the case for most companies. For equipment, security and especially performance reasons, they have needed a few years before launching this as well. So here we are, not pioneers, but ultimately not lagging behind either in relation to what is going on in the private sector.

Which brings me to the issue behind my griping. Why must ‘basic’ users always question decisions made by those who are supposed to be proficient in the subject? And note that you could replace ‘WiFi’ here with ‘Skype’ or ‘Android tablet’ or ‘Skype via WiFi on tablet’. Why are sound arguments, given by technicians whose very role and purpose it is, so easily and frequently swept aside by the ordinary user? It is a bit like questioning the management capacities of the HR Department. (In fact, that is a bad example.) It is a bit like questioning our presence on so-called CNN missions (where it is good that we are seen, but actually, not to be there) in relation to our withdrawal from Ethiopia and Bangladesh. Can you see what I am getting at? Some will most certainly think: “This guy’s an idiot! Why is he sticking his nose in? He knows nothing about it!” But, unfortunately, I will not be able to reciprocate since, at our last IT unit meeting, we were instructed to now consider you as customers.

“Epicor will probably cost €2,900,000!”
Epicor, an ambitious project to potentially replace Coda, our finance database, should come to €2,100,000 for headquarters and €800,000 for MSF Supply. This will include licence fees, the salaries of IT officers at headquarters, the finance officers allocated to the project and also the many consultants who have filed through in the last two years and who will not fail to continue to milk the cash cow next year.

During the end-of-year exam period, I was revising maths with my daughter: given that the ‘average’ donation from our donors is more or less €9 a month, how many years will it take Madeleine to pay us this figure?

€9 a month makes €108 a year. I divide the figure by 108 and I get the number of donor years needed to pay off Epicor: 26,851 years! I would also have liked to have known how many donor years would have been needed to simply carry out the Coda upgrade which gave rise to this excessive spending. Madeleine would be happy to know where her €9 is going and I too would like to know if our operating costs still stand at 10% - 12% as announced to the public?

“At the last monthly IT unit meeting, there were fourteen of us around the table.”
Aside from the fact that I still do not understand the added value of the plethora of coordinators, deputy-somethings and other project managers to so few menial drudges, I can understand that this number may horrify, especially given the results achieved.

To sum up, we could compare this team with your computer:

  • Fifteen years ago, you had a PC which ran Windows, Word, Excel and email with a 100 Hz processor and 128 Mb of RAM.
  • Today, our PCs REQUIRE a more rapid multicore processor and 2 Gb of RAM to run Windows, Word, Excel and Lotus.

Unfortunately, the comparison ends there because, although the performance of PCs has improved over the years, their price has remained steady, which is not the case for the many employees in the IT unit, nor the cost of their wages (and no, I will refrain from mentioning their performance).

So, some are predicting a 2013 with Skype; for my part, I see it with a few fewer ‘friends’. Nevertheless, I wish you luck this year. You are going to need it!

By: Pascal Ribant