Letter to my friends

En Français

 

Published in CONTACT 150

By Jean Pletinckx

 

Dear friends,
For the past few weeks I have been working in a medical support project assisting victims of the conflict in Idlib province in Syria. To my greatest frus- tration, I am not writing about Syria. I am in Lebanon, with no way of being with my Syrian colleagues and the populations confined across the province, unable to move around or to leave.

I spend my days listening to the stories of people who are stranded between the Turkish border, the front lines and the different zones controlled by armed groups fighting for various causes affecting the civilian population, depriving an entire people of their fundamental freedom.

All of these stories have a common thread. They describe life as being like a massive prison. Stuck between the occupied borders, their days are spent wondering where the next bomb will fall, where the next attack will take place, imagining what has become of friends who are not on the same side as them and what has become of family members whom they have not seen in so long. Thinking about their brothers’ and sisters’ new children who may now be nearly ten years old, but who they have never seen.

Trying to survive a financial crisis in which the little money they had is no longer worth anything, as the recent crisis has brought down the value of the Syrian pound and caused prices to rise exponentially to the point that it is no longer possible to buy anything at all.

Having to turn to traffickers who run enormous risks bringing in essential goods and then charge a fortune for them. Not having a passport for years and no longer being able to apply for one because, quite simply, there is nobody who can issue one.

Nearly one million people have been displaced, their homes destroyed by the fighting, or too close to the front lines or to the other side of those lines.

And that ‘other side’ no longer means anything. In nine years of war, there are people who have moved more than ten times to avoid bombs, front lines, kidnapping, violence, arrests, torture, corruption and racketeering.

A million people trapped. That no country is willing to take in. The EU and its member states are providing indirect support to ensure that they remain exactly where they are. Governments are using the populations for their political interests, be it the Russian, American, Turkish, Israeli, Iranian or Saudi governments, there is no exception. The list is too long…

Further to the north of Idlib, the zone is entirely con- trolled by the Turkish government, where Turkish fight ers are occupying a Syrian territory from which they have expelled the Kurds. Now, it is an occupied zone, a true example of colonisation, in every sense of the word. Where the Kurds are having their homes expropriated, where the wealth of a people is being seized, and where attempts are being made to erase their identity.

And why? For geopolitical stakes. For the trade we need to live. For influence. For our own well-being in Europe and elsewhere in the industrial and consumer world.

A total mess that we humanitarian actors are unable to access. The security conditions are too difficult, the Turkish authorities are not allowing us to pass through their borders, and passing through the borders of the Syrian regime, which is using unimaginable violence against civilian populations to assert its power, is not even an option. So, we are like people who want to visit a prison of some million people without even having access to its doors or its walls. We are stuck more than 280 km away.

Fighting against symbols from the past. I think about future generations who will have the same task of fight- ing what is happening today, near us… Fighting against symbols from the past. But how can we do something in the PRESENT?

I now understand, more than ever before, why peo- ple who risk their lives every day in their countries make the journey to Europe. A place where people denounce the atrocities of YESTERDAY. But aren’t we accomplices TODAY?

Thank you for your support and attention. That at least is something to be able to offer millions of Syrian men and women. I promised them that I would speak out and share their stories, the conditions in which they are living. The greatest emotion during our discussions is my promise to speak out, to stand witness.

 

Mes amis.

Depuis quelques semaines, je travaille dans un projet de soutien médical aux populations victimes du conflit, dans la province d’Idlib, en Syrie. À ma grande frustration, ce n’est pas de Syrie que je vous écris. Je suis au Liban, sans avoir la possibilité d’être aux côtés de mes collègues syriens et des populations emprisonnés dans toute cette province, sans pouvoir ni bouger, ni en sortir.

Je passe mes journées à écouter les Histoires des gens qui sont bloqués entre la frontière turque, les lignes de front et les différentes zones contrôlées par des groupes armés se battant pour diverses causes affec- tant la population civile, privant de liberté fondamen- tale tout un peuple.

Tous ces récits ont un dénominateur commun. Ils décrivent la vie comme dans une grande prison. Coin- cés entre les frontières d’occupation, leurs journées sont vouées à attendre où la prochaine bombe tombera, où la prochaine attaque aura lieu, à imaginer ce que deviennent les amis qui ne sont pas du même côté que vous et ce que deviennent les membres de la famille qu’ils ont perdu de vue depuis tellement longtemps. À penser aux nouveaux enfants de leurs frères et sœurs qui parfois ont près de dix ans et qu’ils n’ont jamais vus.

À subir la crise financière où le peu d’argent qu’ils avaient ne vaut plus rien, la récente crise faisant déva- luer la livre syrienne et provoquant l’envol exponentiel des prix au point qu’il ne soit plus possible d’acheter quoi que ce soit. A avoir comme dernier recours les trafiquants qui prennent des risques énormes pour faire entrer des biens de première nécessité qui du coup coûtent une fortune. À ne plus avoir de passeport depuis des années et ne plus pouvoir en demander un nouveau car, tout simplement, il n’y a personne qui peut vous le faire.

Près d’un million de personnes ont été déplacées, leurs maisons étant détruites par les combats, ou trop proches des lignes de front ou de l’autre côté de celles-ci.

Et cet « autre côté» ne veut plus rien dire. En 9 ans de guerre, il y a des gens qui ont bougé plus de dix fois pour éviter les bombes, les lignes de front, les kidnap- pings, les violences, les arrestations, les tortures, la corruption, le racket…

Un million de personnes piégées. Qu’aucun état ne veut plus. L’UE et ses états membres donnent un soutien indirect pour qu’ils restent surtout bien là où ils sont. Les gouvernements utilisent les populations pour leurs intérêts politiques, que ce soit le gouvernement russe, US, turc, israélien, iranien, saoudien, il n’y a pas d’ex- ception. La liste est trop longue…

Plus au nord d’Idlib, la zone est entièrement contrô- lée par le gouvernement turc, où les combattants turcs occupent un territoire Syrien dont ils ont fait fuir les Kurdes. Maintenant, c’est une zone occupée, une vraie colonisation comme on l’entend. Où les Kurdes sont expropriés de leurs propres maisons, où on s’accapare des richesses d’un peuple, où on tente d’effacer leur identité.

Et cela pourquoi ? Pour des enjeux géopolitiques. Pour le commerce dont nous avons besoin pour vivre. Pour le pouvoir d’influence. Pour notre bien-être à nous, en Europe, et ailleurs dans le monde industriel et de consommation.

Un beau merdier où nous, les humanitaires, n’avons pas accès. Les conditions de sécurité sont trop dures, les autorités de la Turquie nous empêchent de passer par chez eux et, du côté du régime syrien, qui, lui, use de violences inimaginables envers les populations civiles pour assoir son pouvoir, il ne faut même pas y penser. Alors nous sommes comme des gens qui veulent visi- ter une prison de plusieurs millions de personnes sans même avoir accès à ses portes, à ses murs. On est blo- qué à plus de 280 km de là.

Lutter contre les symboles du passé. Je pense aux générations futures qui devront faire le même devoir de lutte contre ce qui se passe aujourd’hui, à côté de nous… Lutter contre les symboles du passé. Mais com- ment faire quelque chose au PRESENT ?

Plus que jamais, je comprends pourquoi les gens qui risquent leurs vies tous les jours dans leurs pays prennent la route pour venir en Europe. Là où les gens dénoncent les atrocités D’HIER. Mais ne sommes-nous pas les complices D’AUJOURD’HUI ?

Merci pour votre soutien et votre écoute. C’est déjà énorme que de pouvoir l’offrir aux millions de Syriens et Syriennes. Je leur ai promis de parler et de parta- ger leurs histoires, leurs conditions. L’émotion la plus importante lors de nos discussions, c’est ma promesse de parler et de témoigner. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

By: Sophie Guillaumie