L’OCB de retour en Belgique auprès des demandeurs d’asile

(in English here below)

Interview avec Pierre Skilbecq, Project Coordinator, réalisée par Göran Svedin et Brigitte Gaignage, le 28 avril 2017 pour le Contact #139

Contact : Pourquoi avoir décidé d’ouvrir un projet en Belgique ? La prise en charge des demandeurs d’asile en Belgique nécessitait-elle une intervention de MSF ?

Pierre : Suite au support donné à la société civile dans le Parc Maximilien (Bruxelles – 2015), à nos expériences dans les projets de santé mentale en Grèce, Italie et dans les Balkans et à la volonté d’être présent tout au long du trajet migratoire (pays d’origine, route migratoire, pays de destination),  l’OCB a procédé, entre janvier et mars 2016,  à une évaluation de l’accès des migrants aux soins de santé mentaux en Belgique.

Il en ressort que, dans le réseau d’accueil belge, il y a pas mal d’initiatives de support aux migrants qui existent, que la prise en charge de la santé mentale est présente mais que celle-ci se situe principalement au niveau de la prise en charge de problèmes aigus. C’est sur base de ce constat que l’OCB a décidé de proposer un projet pilote visant à développer une approche holistique en santé mentale,  c’est-à-dire de travailler sur le réseau social de la personne (la société civile), sur la prévention (le screening, psychoéducation), et sur la prise en charge (référence vers l’extérieur).

Quelles sont les principales activités que MSF met en place ?

Il y a quatre grands types d’activités. Le premier est le conseil en santé mentale : on a des conseillers qui font du screening, ils rencontrent les demandeurs d’asile, ils évaluent leurs besoins (troubles modérés ou aigus, par exemple) et, sur base de cela, ils prennent une décision. Si les besoins de la personne nécessitent une prise en charge psychologique par un professionnel de la santé mentale, on la réfère alors vers le réseau belge de santé mentale à l’extérieur. Si la personne a plutôt besoin d’être réorientée vers les bonnes personnes, nous lui proposons alors quelques sessions de conseils.

Le deuxième type d’activités concerne les médiateurs interculturels. Leur travail est de créer un lien entre les demandeurs d’asile,  les travailleurs de Fedasil et les conseillers MSF pour s’assurer que les barrières culturelles et linguistiques ne constituent pas un frein pour partager leurs soucis.

La troisième activité est le volet société civile. Si l’on regarde les besoins en santé mentale, il existe quatre niveaux. Le niveau des besoins primaires (nourriture, sécurité, toit,etc.), le deuxième niveau est le réseau social, le troisième est le conseil et le quatrième niveau est la prise en charge. Le volet société civile s’adresse au deuxième niveau. On pense qu’en mettant les demandeurs d’asile un peu plus en contact avec des réseaux de volontaires, on va pouvoir améliorer leur réseau social, ce qui facilitera leur bien-être et leur insertion dans la société.

La dernière partie est le volet « plaidoyer » car ce projet est mis en place pour une durée limitée (jusqu’en septembre 2018). L’objectif de MSF n’est pas de devenir un nouvel acteur de la santé mentale en Belgique mais de venir en appui aux acteurs déjà présents afin d’améliorer la prise en charge actuelle des problèmes de santé mentale. Nous travaillons donc dans des Centres collectifs gérés par Fedasil mais aussi dans des initiatives locales d’accueil (ILA – logement individuel) gérés par les CPAS. Le projet se focalise sur les personnes présentes dans le réseau d’accueil, qui sont en général en cours de procédure de demande d’asile. Bien que les besoins soient aussi présents ailleurs, notre choix se justifie par la durée limitée du projet (nécessité de mettre un cadre), sur la présence d’autres acteurs pour les personnes en situation irrégulières et, surtout, par la possibilité d’être en contact avec les bénéficiaires dès leur arrivée dans le pays de destination. Nous pouvons donc démarrer le travail plus tôt et essayer d’équiper les personnes pour leur futur, quel qu’il soit.

Quand ces opérations ont-elles débuté, et à quel endroit ?

Le Copro a eu lieu en septembre 2016 et les activités ont commencé en février 2017. Le projet est divisé en deux zones opérationnelles, une en Flandre et l’autre en Wallonie.  Chaque zone opérationnelle est divisée en centres d’accueil et en ILA. On a d’abord commencé en Flandre (Roulers), au centre d’accueil de Poelkapelle, où sont hébergés 250 demandeurs d’asile, et d’ici fin du mois, ils devraient commencer à travailler avec trois CPAS (Roulers, Courtrai et Lichtervelde). Pour la deuxième zone opérationnelle en Wallonie (Charleroi), on recrute actuellement pour débuter le 22 mai dans les centres de Jumet et de Morlanwelz, ainsi que dans un CPAS de 100 places de la région qui reste encore à déterminer.

L’équipe MSF est divisée en trois, il y a quatre personnes dans chaque zone opérationnelle (deux médiateurs culturels et deux conseillers en santé mentale) à Poelkapelle et à Charleroi (en cours de recrutement) et une équipe de coordination de 4 personnes (un Field Co, un responsable santé mentale, un responsable société civile et un responsable des ressources). Au total, nous sommes 12.

Travaille-t-on avec d’autres acteurs de la santé ?

Dans chaque centre Fedasil en Belgique, il existe un département médical et on travaille en collaboration avec les médecins du centre. Pour les ILA, chaque CPAS qui les gère est lié à un médecin. Pour les références en santé mentale, nous travaillons avec des psychologues externes ou des centres de santé mentale.

Grâce à nos activités, nous pensons que le nombre de références vers les psychologues et le nombre de consultations chez le médecin devraient diminuer. Ceci diminuerait donc la charge de travail des équipes médicales/sociales des Centres/CPAS et donc leur libérerait du temps pour reprendre nos activités de conseil à plus long terme. Après deux mois, les médecins constatent déjà une diminution des consultations psychosomatiques, ce qui signifie que nos activités ont déjà un impact positif.

Comme il s’agit d’un projet en Belgique, as-tu eu l’occasion de travailler ou de développer ces activités via notre réseau associatif ?

Nous sommes en contact avec le Conseil d’Administration de MSF-B et le réseau MSF Alumni, mais il n’y a pas eu d’initiative particulière née de cela.

Un projet similaire a été ouvert en Suède, existe-t-il des synergies entre les deux projets ?

Globalement, c’est le même type de projet. La seule différence réside dans le fait que, chez nous, le système de santé est intégré dans le réseau d’accueil et, en Suède, tout le système de santé est externe. Le projet MSF en Suède a 6 mois d’avance sur nous et donc on profite de leur expérience, des outils qu’ils développent, de ce qui marche ou pas…

Qui sont ces demandeurs d’asile?

La majorité des demandeurs sont des hommes isolés mais il y a aussi des femmes isolées, des familles, des MENA (mineurs étrangers non accompagnés) et des personnes à mobilité réduite ou qui souffrent de maladies chroniques.

En ce qui concerne les nationalités d’origine, ce sont principalement des Afghans, des Irakiens et des Syriens. Puis viennent les Guinéens et des Somaliens.


The OCB returns to assisting asylum seekers in Belgium

Interview with Pierre Skilbecq, Project Coordinator, by Göran Svedin and Brigitte Gaignage, 28 April 2017, for Contact #139

Contact: Why have you decided to launch a project in Belgium? Does the treatment of asylum seekers in Belgium require MSF intervention?

Pierre: Following the support given to civil society in Parc Maximilien (Brussels – 2015), our experiences in mental health projects in Greece, Italy and the Balkans, and our desire to be present at every stage of the migration journey (country of origin, migration route, destination country), the OCB carried out an assessment of migrants’ access to mental health services in Belgium between January and March 2016.

From this, we saw that in the Belgium reception network there are a number of initiatives to support migrants and that mental health services exist but are primarily focused on the treatment of acute issues. On the basis of this observation, the OCB decided to propose a pilot project aimed at developing a holistic approach in mental health, or in other words working on the individual’s social network (i.e. civil society), prevention (i.e. screening, psychoeducation) and treatment (external referral).

What are the main activities that MSF is introducing?

There are four main types of activities. The first is mental health counselling. We have counsellors who carry out screening, who meet with the asylum seekers, assess their needs (moderate or acute disorders, for example) and based on this, make a decision. If the needs of the individual require psychological treatment by a mental health practitioner, we then refer them to the external Belgian mental health network. If instead the individual needs counselling or directing towards the right people, a few counselling sessions will help with this.

The second type of activity relates to intercultural mediators. Their work is to create a connection between the asylum seekers, Fedasil employees and MSF counsellors in order to ensure that cultural and language barriers do not prevent individuals from sharing their concerns.

The third area of activity relates to civil society. There are four levels of mental health needs: basic needs (food, security, shelter, etc.), social network, counselling and treatment. The civil society activities relate to the second level. We believe that by bringing asylum seekers into slightly closer contact with volunteer networks, we will be able to improve their social network, which will improve their well-being and help them integrate into society.

The final area is advocacy, as this project will be for a limited duration only (until September 2018). The aim of MSF is not to become a new party involved in mental health in Belgium, but to provide support to those already present, in order to improve the current treatment of mental health issues. As such, we are working in shared centres managed by Fedasil but also in local reception initiatives (ILA – individual accommodation) managed by the CPAS. The project focuses on the people within the reception network, i.e. mainly those who are in the process of seeking asylum. Despite needs existing elsewhere, this decision is justified by the limited duration of the project (need to set up a framework), the existence of other parties assisting irregular migrants and, above all, the possibility of being in contact with the beneficiaries as soon as they arrive in the destination country. As such, we can get to work earlier and attempt to give individuals the tools they need for their future, whatever that may be.

When did these operations begin and where?

The CoPro was held in September 2016 and activities began in February 2017. The project is divided into two operating areas, one in Flanders and the other in Wallonia. Each operating area is divided into reception centres and ILAs. We first started in Flanders (Roulers) at the Poelkapelle reception centre, where 250 asylum seekers are housed, and by the end of the month, they should start working with three CPAS (Roulers, Courtrai et Lichterveld). For the second operating area in Wallonia (Charleroi), we are currently recruiting to start on 22 May in the Jumet and Morlanwelz centres, as well as in a 100-space CPAS in the region which has still to be selected.

The MSF team is split into three: there are four people in each operating area (two cultural mediators and two mental health counsellors) in Poelkapelle and in Charleroi (currently being recruited) and a four-person coordination team (a Field Co, a Mental Health Activity Manager, a Civil Society Manager and a Resources Manager). There are a total of 12 people.

Are we working with other groups involved in healthcare?

There is a medical department in each Fedasil centre in Belgium and we work in collaboration with the doctors at the centres. For the ILAs, each CPAS running an ILA is linked with a doctor. For mental health referrals, we work with external psychologists or mental health centres.

Through our activities, we believe that the number of referrals to psychologists and the numbers of consultations for each doctor should decrease. As such, this would reduce the workload of the medical/social teams at the centres/CPAS and thus free up the time to take over our counselling activities in the longer term. After two months, the doctors have already observed a decrease in psychosomatic consultations, which means that our activities have already had a positive impact.

As this is a project in Belgium, have you had the opportunity to work or develop these activities via our association network?

We are in contact with the board of MSF-B and the MSF Alumni network; however, no particular initiative has come about from this.

A similar project was launched in Sweden, are there synergies between the two projects?

Overall, they are the same type of project. The only difference is that for us, the healthcare system is incorporated into the reception network, while in Sweden, the healthcare system is completely external. The MSF project in Sweden is six months ahead of us and so we are benefiting from their experience, the tools they have developed, their knowledge of what does and doesn’t work, etc.

Who are these asylum seekers?

The majority are single men, but there are also single women, families, unaccompanied foreign minors, people with reduced mobility and people suffering from chronic diseases.

In terms of nationality, they are primarily asylum seekers from Afghanistan, Iraq and Syria. The next two largest groups are from Guinea and Somalia.

 

By: Göran Svedin