Pour une prévention des accidents sur le terrain (partie II)

In English below

Je me suis mis (sérieusement) au vélo ! Ca tient en forme ;-)

Le matin, avant d’enfourcher mon (splendide) vélo (vintage), je m’équipe : vareuse fluo, et gants au minimum ! La casque ? ça dépend .... de la météo, de l’humeur, de la tête que je veux avoir à l’arrivée ;-) Bref, ma sécurité j’en suis responsable ! Je fais mes choix en personne avisée... avec ou sans casque...

J’ai rédigé un premier article sur la « Safety sur le terrain » dans le Contact précédent dans lequel j’invitais le lecteur motivé à faire ses commentaires sur safety-OCB@brussels.msf.org ... Résultat : zéro commentaire ! Je ne suis donc pas certain que ce soit la bonne manière d’interpeller mes collègues, ni moi d’ailleurs la bonne personne ! Néanmoins, je reste mobilisé sur la question de « la Prévention des Accidents ».

Un petit retour en arrière, c’était en janvier 2003. Lors d’une séance de l’info-matin dans le couloir des Opérations, on parle d’une «médévac» (évacuation médicale) qui avait eu lieu en Equateur (RDC). Un log était entré avec une lampe à pétrole dans un stock contenant du carburant et tout s’était embrasé... Sérieusement brûlé, il avait dû être évacué. Quelqu’un dans l’assemblée a fait un commentaire pour qualifier ce log de « pas vraiment malin »... et tout le monde a éclaté de rire.

Je me suis promis de rencontrer cette personne pour connaître les circonstances de cet accident. Quelques semaines plus tard, j’ai pu en savoir davantage : logisticien « seconde mission », travail intensif, presque 7 jours sur 7, maison et bureau au même endroit. Un vendredi soir, on décharge des fûts d’essence d’un camion dont certains fuient et ils sont stockés dans le seul local libre (sans fenêtre). Le jour suivant, en soirée, en pleine rédaction de son rapport, un gardien lui demande du pétrole pour sa lampe. Sa lampe torche ne fonctionne plus, alors, sur le chemin qui mène au stock, il prend une lampe à pétrole. Il ouvre le cadenas du stock et il entre suivi du gardien... Avant même d’avoir pu faire quoi que ce soit, tout s’embrase. Lui et le gardien prennent feu. Leurs collègues réagissent tout de suite. A défaut d’eau courante, on lui plonge les mains brûlées dans une réserve d’eau, on utilise « les moyens du bord » : du sable présent dans la maison en travaux pour éteindre le début d’incendie. C’est à peu près ce qui s’est passé. Brûlé au 3ème degré, il sera en incapacité de travail et en rééducation pendant plusieurs mois. Aujourd’hui, il va bien et travaille même au siège de Bruxelles !

Un grand nombre d’accidents de travail ou domestiques ont un caractère « stupide ». Vu de l’extérieur, on peut même rejeter la faute sur la victime qui, en matière de « safety », a rarement la possibilité de faire des choix avisés ! Je suis pourtant convaincu que MSF a aussi une part de responsabilité : l’analyse des risques, la mise en place des mesures nécessaires pour réduire ces risques, l’information sur les risques, la préparation au départ, les conditions de travail et de vie, la protection collective, la formation du personnel, les équipements de protection de qualité, etc.

Depuis, MSF a connu des cas tragiques : des accidents de la route (certains mortels), des chutes lourdes de conséquence, des noyades, d’autres incendies, des électrocutions, des accidents PEP, ...

J’ai toujours pensé que cela suffirait à faire changer les choses en matière de « safety ». Les choses évoluent, certes, et des progrès ont été réalisés dans différents domaines : la création de l’équipe SMS (Stress Management Support), de règles claires quant à l’usage des véhicules MSF, de la SHU (Staff Health Unit), des certificats d’aptitudes au travail obligatoire pour les expatriés, de la base de données HOMERE (où sont encodés les accidents pour le staff national), l’existence du Security Focal point, la base de donnée SINDY (Security Incident Network Data base for You), etc. Ce n’est pas rien.

Tous ces outils contribuent à la protection de nos équipes MSF mais qui est vraiment responsable de «la Safety sur le terrain» ?

Depuis 2003, je cherche :

-          « La Logistique » me dit-on ! Evidemment, l’électricité, les voitures, les travaux en hauteur, c’est leur truc !

-          Le Dpt Médical prend en charge tous les aspects et suivis médicaux (et de façon tellement confidentielle que personne d’autre ne peut accéder à des informations anonymes) ;

-          Un financier pourrait-il être concerné ? Un accident de travail aurait-il des implications financières ?

-          Un chef de mission aurait-il un rôle à jouer en matière de prévention ? Un peu comme la Direction Générale de MSF pour les employés du siège ?

Comprenez-moi bien, mon combat, ce n’est PAS «  la safety sur les terrains » mais c’est de mobiliser MSF à s’investir sur la question. La « safety » ne peut pas être portée QUE par quelques personnes, motivées et compétentes comme aujourd’hui.

Comment est-il possible que les mots « safety / prévention des accidents » n’apparaissent sur aucune « description de fonction » !? Comment avancer davantage dans ce domaine si personne ne revendique pleinement cette thématique ?

Il faut un changement de mentalité. Il faut que cette thématique importante devienne l’affaire de tous.

Je suis perplexe, c’est vrai. « MSF, employeur responsable ?! »... je demande à voir. Commentaires et messages de soutien bienvenus à l’adresse mail: safety-OCB@brussels.msf.org

Je les lirai avec beaucoup d’intérêt et de confidentialité.


Speaker's Corner:For accident prevention in the field (part II)

I have taken up cycling (in a big way)! Well, it does keep you fit;-) In the morning, before getting on my (rather magnificent) bicycle (vintage), I kit myself out: fluorescent cycling jacket and gloves at least!  Helmet? That depends ...  on the weather, my mood, whether helmet hair is an issue;-) In short, my safety is my responsibility! I make my choices as an informed person ... with or without helmet.

I published my first article on 'Safety in the field' in the previous Contact where I invited any interested readers to send their comments to safety-OCB@brussels.msf.org. Result: none! So, I'm not sure that this is the best way to approach my colleagues, or for that matter, that I am the best person to do so! Nevertheless, I am still committed to “Accident Prevention”.           

Let's take a step back in time for a moment, to January 2003. At a morning information session, in the Operations Department corridor, there was talk of a “medevac” (medical evacuation) that had taken place in Equateur (DRC). A logistics officer had taken a paraffin lamp into a storeroom containing fuel and a fire broke out. Seriously burned, he had to be evacuated. Someone at the meeting made a comment describing the logistics officer as “not very clever” ... and everyone laughed.                           

I promised myself I would talk to the person in question to find out the circumstances surrounding the accident. A few weeks later, I found out more: “second-mission” logistics officer, intensive work, almost 7 days out of 7, house and office in the same location. One Friday evening, fuel drums – some of which were leaking – were unloaded from a lorry and stored in the only available premises (which had no window). The following evening, in the middle of writing his report, a guard asked him for paraffin for his lamp. His flashlight was not working so, on the way to the storeroom, he picked up a paraffin lamp. He opened the padlock to the storeroom and went in, followed by the guard. Before being able to do anything, a blaze broke out. He and the guard caught fire. Their colleagues reacted immediately. Because there was no running water, his burnt hands were immersed in a water tank and the ‘means at hand’ were used, for instance, sand from the house that was being worked on was used to put out the start of the fire. That is more or less what happened. Suffering third degree burns, he was unable to work and in rehabilitation for several months. Now, he is fine and even working at Brussels HQ!  

A large number of occupational and domestic accidents are “stupid”. Viewed from the outside, blame can even be cast on the victim who, as regards safety, rarely has the opportunity to make an informed decision! I believe, however, that MSF also shares some of the responsibility: risk analysis, measures to reduce those risks, information on risks, pre-departure preparation, working and living conditions, collective protection, staff training, quality protective equipment, etc.                                       

Since that time, MSF has seen tragedies: road accidents (in some cases fatal), falls with serious consequences, drownings, other fires, electrocutions, PEP accidents, and so on.                  

I always thought that that would be enough to change things as regards “safety”. Things are changing, certainly, and progress has been made in various areas: the creation of the SMS (Stress Management Support) team, clear rules on the use of MSF vehicles, the creation of the SHU (Staff Health Unit), obligatory capacity to work certificates for expatriates, HOMERE database (which holds information on accidents for national staff), the creation of the Security Focal Point, SINDY (Security Incident Network Data Base for You), and so on. This progress is not insignificant.                                   

All of these tools help protect our MSF teams but, who is actually responsible for “Safety in the field”? Since 2003, I have been looking into this:

-          "Logistics" some say! Obviously, electrics, cars and working at heights is their thing!    

-          The Medical Department covers all medical aspects and monitoring (and so confidentially that nobody else can access anonymous information).  

-          Could someone in finance be involved? Does an occupational accident have financial implications?

-          Does a Head of mission have a role to play in accident prevention? Like MSF's General Direction for HQ staff?    

I would like to make it clear that my aim is NOT “safety in the field”, but to rally MSF to engage in this issue. “Safety” cannot be the concern of JUST A FEW motivated and competent people as it is today.         

How is it possible that the words “safety” and “accident prevention” do not appear in any “job description”!? How can we make further progress in this field if nobody fully lays claim to the matter?

A change of mentality is needed. This important issue must become everyone's concern.  

I'm puzzled: is “MSF, responsible employer” true?! I'd like to see it. Comments and messages of support are welcome at: safety-OCB@brussels.msf.org

I will read them with great interest and in confidence. 

 

By: Yannick GARBUSINSKI